À quel prix paie-t-on l'hyper choix des livres pour nos enfants ?

Avez-vous déjà songé à une possible parallèle entre le phénomène de "fast fashion" et le monde de l'édition ? Il est vrai qu'à première vue, rien ne rapprochent ces deux industries. Pourtant, depuis quelques années, le monde de l'édition connaît une abondance de production similaire à l'industrie de la mode, qui vu de loin, peut s'assimiler à de la prospérité. Cependant, la réalité est autre.

En 2020, l'édition jeunesse comptait pas moins de 12,000 nouveautés pour la rentrée littéraire (SNE, 2021). Une surproduction de non-sens qui inonde les librairies et les lecteurs même les plus avertis.

Dans notre histoire récente, tout commence avec la popularité d'Harry Potter qui a marqué un tournant majeur dans la littérature jeunesse. Ce qui était perçu jusqu'ici comme une littérature marginale, deviendra, avec la demande de jeunes lecteur/trice/s, un marché à part entière (Kathy G.Short, 2018). Depuis, la créativité des éditeur/trice/s, auteur/trice/s, et illustrateur/trice/s n'a cessé d'innover dans les formats, les sujets, et les contenus des histoires adressés à une jeune audience.

Dans notre monde de surconsommation, les industriels, afin de saisir leurs places dans le marché, passent par une concurrence massive et rapide, répondant aux tendances de consommation actuelle. Or, le livre est un bien culturel avec une solide valeur de transmission. Chaque œuvre fait appel à différents acteurs et différentes étapes que ce soit au niveau de l'écriture, de l'analyse des sensibilités et des phases de développement de l'enfant ainsi que sa production créative. Ce travail mené par de nombreux éditeur/trice/s indépendant/e/s requièrent de l'audace, de la passion, du temps et des moyens financiers.

Faute de soutien réel, de nombreux éditeurs indépendants sont absorbés par les grandes maisons d'édition. Ceci ayant l'avantage d'assurée leurs pérennités. Toutefois, elle impacte la diversité éditoriale et accentue la précarité des auteurs et illustrateurs.

Les livres jeunesse présents aujourd'hui sur le marché ne se valent pas tous. Un éditeur passionné publie le livre pour un enfant lecteur, quant à l'industriel, son livre/produit est destiné à un enfant consommateur et là est toute la différence.

En tant que lecteurs et libraires engagés, nous avons le moyen de soutenir les livres de qualité en étant conscient de nos achats et leurs impacts non seulement sur les acteurs du livre, mais aussi sur nos enfants et l’environnement.

La notion de temps est intrinsèque à la qualité ; il faut du temps pour créer, du temps pour transmettre et du temps pour apprécier.

Alors prenons notre temps pour consommer consciemment et donnons plus de visibilité à l’édition indépendante. 

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