La pluralité culturelle et linguistique dans la littérature jeunesse. Pourquoi est-ce important ?

”La diversité des personnages dans la littérature jeunesse est cruciale, c’est parce qu’elle joue un rôle clé dans le développement de l’enfant. Un enfant doit penser son monde, comprendre qui il est...”(Saïd Ibrahim, pédopsychiatre et chercheur en ethnopsychiatrie)

Depuis la nuit des temps, les civilisations mondiales éprouvent le besoin d'explorer le monde à la découverte de terres lointaines et de populations aux coutumes diverses. Avant l'ère du tourisme, des voyages et d'internet, seuls les récits fantaisistes des premiers explorateurs nourrissait l'imaginaire des hommes et des femmes. Créant ainsi la fascination de l’étranger, mais aussi les prémices des préjugés et de la peur de l'étranger. Alors que jusqu’ici la découverte d’autres cultures se conjuguait avec une nécessité de voyage dans un ailleurs lointain, aujourd’hui plus besoin d’aller bien loin. Une richesse culturelle et linguistique sans précédent imprègne notre société.  

En interagissant, que ce soit dans nos espaces de vie, nos lieux de travail, d’étude, de loisir, ou encore au sein de nombreux domaines tels que la musique et la cuisine, la pluralité est au cœur de notre quotidien. Or, qu’en est-il de nos lectures et plus particulièrement de la littérature adressée aux enfants ? Quelle image du vivre ensemble y est donnée à voir ? Et pourquoi est-ce important de transposer la question de la diversité dans la littérature jeunesse ?   

Dans le paysage général de l’édition, et en ce qui concerne la question de la pluralité dans les représentations culturelles et les modèles d’identification deux préoccupations émergent. La première étant de perpétuer la perspective d’une culture *de l’autre racontée pour un besoin d’ailleurs imaginaire ; un ailleurs fantasmé, figé dans le passé et sans que ledit *autre ne puisse participer aux récits de sa propre culture.  Il en résulte ainsi une image biaisée, stéréotypée et réductrice, limitant l’apprentissage de la réalité de notre vie plurielle. Nelson Mandela dira, d'ailleurs, dans une de ses célèbres citations : « Ce qui est fait pour nous, ce que d'autres ont décidé sans nous, est fait contre nous.

Quant à la deuxième, elle se limite à considérer la diversité uniquement en dehors de l’espace national, omettant par conséquent la diversité présente dans nos sociétés, les liens et liaisons qu’elles entretiennent et qui créent justement l’ensemble. Le problème ? Au mieux, en traitant chaque culture de manière séparée, nous voilà face à des espaces cloisonnés, limitant les échanges ; au pire, cela conduit à une totale invisibilité des enfants dit racisés qui, dans la littérature jeunesse, ne trouvent pas de personnages qui pourraient les aider à se construire et à assoir leurs identités.    

L’article de la Déclaration universelle de l’UNESCO stipule sur la diversité culturelle : “ Dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques.”  

De ce fait, une nouvelle ère abordant les questions de la pluralité culturelle et linguistique, accompagnée d’une déconstruction des clichés, fleurit dans la littérature jeunesse, en grande partie émanant d'éditeurs anglophones, tels que la maison Lantana, dont la mission est de publier des livres inclusifs d'auteurs issus de groupes sous-représentés dans la littérature jeunesse. 

Cependant, la rareté de ces exemples, et particulièrement dans la littérature francophone ne nous permet pas de parler de véritable tendance. Selon la Coopérative Américaine Children's Book Center (CCBC), seuls 12% des livres publiés aux Etats-Unis en 2019 concernent des personnages, des sujets ou des décors primaires noirs ou africains. Quant à la proportion des personnages d'autres culturels (asiatiques, arabes, etc.) elle est tellement marginale, qu'elle n'est même pas représentée dans les statistiques.

Si l’enfant est le premier à s’émerveiller des papillons multicolores, ou unicolores, des fleurs petites et grandes, dégageant une odeur douce ou forte, pourquoi ne pas nourrir en lui également cette capacité à l’émerveillement vis-à-vis de son entourage culturel, multiculturel, divers à souhait ? Que serait un jardin avec des fleurs toutes exactement similaires, sans la moindre petite différence ? Le merveilleux du jardin ne naît-il pas de la diversité des fleurs qu’il abrite ? Précieuse biodiversité ; précieuse totalité humaine sans exclusion, sans fragmentation du vivant. Oui, la construction de la société de demain sur des bases sûres débute avec les enfants, d’où l’importance de les initier à la lecture de qualité dès le plus jeune âge.   

En bref, l’identité culturelle n’est pas une donnée stable, immuable et figée dans le temps mais plutôt une identité qui se meut et s’enrichit avec le temps et grâce à l’interaction de l’individu avec sa société, les autres sociétés, son environnement plus ou moins proche ou lointain.    

Post co-écrit par Les contes de Selma et Estelle Murray. 

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